Agenda

La célébration eucharistique
a  lieu le samedi à 18h30. 

 

A la suite, les deux homélies du P. Robert Peloux, pour Noël 2021 et l’Épiphanie 2022

Homélie pour Noël 2021 – Lc 12, 1-14

Un beau texte d’Évangile connu largement au-delà de la tradition chrétienne. Peut-être trop connu même, ce qui conduit parfois à des interprétations moralisantes. Quelle honte pour des hôteliers, pour une société de refuser une petite place pour qu’une jeune femme accouche. Il est clair que j’aurais fait mieux… ou pire, l’expérience d’aujourd’hui avec les migrants le montre manifestement.

Le texte de Luc est sobre. Par lui, nous n’apprenons qu’une seule chose : « il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune ». Luc ne dit pas pourquoi. Cela permet à nos imaginations de chercher des raisons : le manque de place, la pauvreté… Mais tout ceci n’a pas grande intérêt puisque Luc n’en parle pas. Pas de place pour Jésus et sa famille là où il doit être, dans la salle commune. La place de Jésus et de sa famille, ses disciples, n’est pas là où la raison, l’esprit commun, nous disent qu’ils doivent être. Il n’y a pas de place pour Jésus là où les traditions religieuses, philosophiques et sociales affirment que Dieu doit être. Il doit être dans de beaux temples neufs ou restaurés, dans les constructions intellectuelles crédibles pour les hommes sensés du XXI° siècle, dans les attentes pour une vie meilleure… A partager le regard de Luc, dans tous ces lieux bien délimités, bien cadrés, il n’y a pas de place pour le Dieu qu’il nous annonce. Il s’agit là d’une véritable provocation : il n’y a pas de place pour Jésus là où on affirme, en toute bonne foi, qu’il doit être.

Ceci est exact pour sa naissance. Mais il en va de même pour tout le reste de sa vie. Sans entrer dans les détails. Lc 7, 34 : « c’est un glouton et un buveur, un ami des collecteurs des taxes et des pécheurs ». Là n’est pas la place du Fils de Dieu. Lc 7, 39 : « Le pharisien qui l’avait invité, voyant cela, dit en lui-même : Si cet homme était prophète, il connaîtrait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, il connaîtrait que c’est une pécheresse ». Sa place n’est pas avec elle. J’arrête là car chacun sait quand même la place religieuse et sociale que doit occuper le Fils de Dieu. Je n’arrête pas tout à fait car il en va ainsi jusqu’à la mort de Jésus. Jusqu’à sa mort comprise, il n’est pas là où devrait être sa place. Mort, il doit être au tombeau comme tout le monde. On l’y met. Il n’y reste pas. Jusqu’au bout de sa vie, il n’occupe pas la place convenue pour un Dieu.

Admettons que l’on comprenne bien qu’il n’y a pas de place pour Jésus là où il devrait être, là où on voudrait l’enfermer, là où on voudrait le voir. Y a-t-il quand même une place où on peut le trouver ? On va voir si Matthieu est mieux inspiré que Luc. Que nous dit-il : « Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête » (Mt 8, 20). Pas de place, pour Jésus, où reposer sa tête. Il y a pourtant des places où se trouve le Fils de Dieu, des places qu’il occupe. Il y en a même beaucoup. Et Luc en donne une immédiatement dans ce texte. Encore faut-il, comme les simples bergers, accepter d’y aller pour le trouver. Mais faire cette démarche conduit à quitter le chemin des certitudes sur la place qui devrait être la sienne pour se rendre à la place qu’il prend volontairement. Et il prend cette place de manière déterminée puisque d’emblée tous ceux qui ont un peu de raison doutent que ce soit vraiment sa place. Où est cette place, la sienne ? En fait, Luc nous le dit très simplement. Encore faut-il accepter la proclamation et même la révélation de Luc. La place de Jésus est dans une mangeoire. Jésus naît là où le Fils de Dieu a voulu nous rejoindre. C’est là que réside sa place. Une mangeoire. Qu’est-ce qu’une mangeoire ? Le dictionnaire donne cette définition : « auge pour les aliments de certains animaux domestiques ». La place de Jésus, dès sa naissance, est de devenir nourriture, nourriture pour que toute notre humanité, jusque dans ses dimensions quasi-animales, puisse s’épanouir, renaître à une vie nouvelle. Dès sa naissance Jésus nous dit que sa place est dans le pain vivant que nous partageons dimanches après dimanches, jours après jours. La place de Jésus est là, de sa naissance et pour les siècles des siècles.

Toutefois, pour rendre grâce à Dieu pour cette place hors-normes de son Fils, il convient d’ajouter une autre place qu’il a voulu occuper. La place de Jésus sera aussi la croix. Jésus est à sa place sur la croix. En effet, dans ce lieu maudit, il rejoint de manière définitive et incontestable tous ceux qui, pour des raisons complexes, sont dominés par les puissances de l’inhumanité ou sont victimes des puissances des grands de la terre. Dès Noël la place de Jésus est aussi avec eux.

20 siècles après, partageons toujours la joie de ces humbles bergers dont nous parle Luc. 20 siècles après, associons-nous aux anges pour rendre grâce à ce Dieu qui n’occupe pas la place que nous lui attribuons dans notre sagesse qui en manque tant. 20 siècles, après remercions pour ce Dieu qui, sur sa croix, occupe la place des victimes, de l’Eglise…, des vaincus de la société…, des méprisés de nos mentalités étriquées… Remercions-le, non pour les dégâts dans leurs vies bien sûr, mais parce qu’il prend au sérieux les dégradations des victimes et, dans sa mangeoire, dans ce lieu de misère qui est le sien, il se donne en nourriture pour eux d’abord, pour que leurs vies soient belles.

Et notre place, où est-elle ? Notre place est dans le témoignage de ce Dieu qui naît dans sa mangeoire pour nourrir notre humanité fragile afin que les laissés pour compte de la société et les déçus dans leurs attentes de Dieu, accèdent à ce pain vivant qui a été donné pour tous, un jour, dans une mangeoire.

 

Homélie pour l’Épiphanie 2022 –  (Mt 2, 1-12)

Dans son Évangile, Matthieu donne à méditer le cheminement des mages. Ces personnages arrivent de loin, ils dépaysent. Ce ne sont pas des israélites. Ils viennent d’Orient. C’est vague, mais cela veut dire qu’ils viennent de peuples qui ont eu un passé de conflits, de luttes et même de déportations avec Israël. Qui sont-ils ? Avec des mots d’aujourd’hui on dirait que ces mages sont des astrologues, des astrologues animés par une préoccupation religieuse. Leur recherche de Dieu n’est pas enracinée dans l’histoire d’un peuple qui fait l’expérience des merveilles de Dieu dans sa vie quotidienne, comme l’exprime Israël. Leur recherche repose sur l’étude d’une science, l’astrologie. Cette science cherche à saisir le lien entre les astres et le destin des hommes. Elle cherche à comprendre l’influence des objets célestes sur le parcours des humains. Les mages, dans leur démarche religieuse, notent les signes que Dieu adresse aux hommes, à partir des mouvements qu’ils observent dans le ciel ainsi qu’à partir du rôle des étoiles et des planètes qui, selon eux, déterminent la vie des hommes sur terre. Dans leur cheminement ils sont amenés à entrer en dialogue avec Israël. Le dialogue les ouvre à la reconnaissance et à l’accueil de Jésus.

D’où viennent-ils ? Combien sont-ils ? Personne ne le sait. Ils viennent d’Orient, c’est-à-dire d’un pays qui n’a rien à voir avec Israël. Il est heureux que l’on ne sache pas combien ils sont ni leurs noms. Si leurs noms et leur nombre étaient connus on pourrait penser qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes, qu’ils ont effectué une démarche particulière voire privilégiée, qui ne concerne pas les autres qui sont restés en Orient. En demeurant dans l’anonymat leur démarche devient universelle. Elle continue donc à nous parler maintenant. A partir d’eux, quel que soit le cheminement des hommes, une possibilité est offerte de s’ouvrir à Dieu en accueillant humblement Jésus. Dans l’Evangile de Luc, les bergers sont les premiers à se diriger vers la grotte pour s’incliner devant Jésus. Les bergers sont des pauvres en Israël. Ils sont même méprisés par certains Juifs car ils ne peuvent se plier à toutes les prescriptions de la Loi à cause des contraintes de leur dur métier. Et ils sont les premiers à trouver le chemin qui conduit à Jésus. Dans l’Evangile de Matthieu, les mages sont les premiers à se diriger vers l’endroit où se trouvait Jésus pour s’incliner devant lui. Or ce sont des étrangers. Ils parviennent à Jésus par un chemin différent de celui parcouru par Israël.

S’ouvre ainsi pour nous la possibilité d’une grande méditation. En cette période de Noël, comment voyons-nous des pauvres s’ouvrir, parfois beaucoup mieux que nous, au mystère de Jésus ? Mais aussi, comment voyons-nous des personnes connues comme n’étant pas de tradition chrétienne, s’ouvrir, là aussi parfois beaucoup mieux que nous, au mystère de Jésus ?

Dans la démarche des mages, je retiens d’autres points importants. Matthieu les décrit en train de se déplacer. Au début ils arrivent à Jérusalem. Ils se sont donc mis en route. Ils ont quitté les lieux, les habitudes et les certitudes qui les façonnaient. Ils se sont délestés du poids de leurs coutumes pour entrer en dialogue avec les responsables des juifs dans ce haut lieu de la foi d’Israël que représente Jérusalem. Mais cette démarche comportait des risques. En ouvrant ce dialogue, ils ont « troublé » le grand chef, Hérode. Leur démarche allait-elle aboutir ? La rencontre avec le Christ humble qui vient dans la fragilité de nos vies ne se fait jamais sans un temps dans lequel des risques sont pris. En langage religieux cela s’appelle un temps de conversion. Le chemin qui conduit au Christ passe par la conversion. Quelle conversion j’ai opérée en moi pour accueillir le Christ dans ma vie à Noël cette année ? Dis autrement, comment ai-je vécu le temps de l’Avent ?

Les mages quittent leur pays pour Jérusalem, prennent des risques pour dialoguer avec les autorités juives. Ils arrivent ainsi au Christ et lui remettent toute leur richesse pour vivre de la joie de ce Dieu humble qu’ils découvrent. Et après ? Car il y a un après. Ils ne sont pas restés dans la crèche. Ils ne se sont pas établis en Israël, à proximité du Temple ou d’une synagogue. Matthieu nous dit qu’ils sont repartis au pays. Mais ils n’y sont pas repartis n’importe comment. Ils ne sont pas repartis par le même chemin que celui de l’aller. Ils sont repartis par un chemin nouveau, « par un autre chemin ». Les motifs pour lesquels ils se sont mis en route, leur dialogue avec les chefs à Jérusalem, les risques qu’ils ont assumés, les découvertes qu’ils ont faites dans la crèche, l’adoration de Dieu à partir de Jésus et non plus à partir des astres, a changé profondément leurs vies. Ils sont rentrés chez eux car le Christ fait de nous ses témoins pour la vie chaque jour. Mais il nous renvoie par des chemins nouveaux. Il nous renvoie comme disciple de la bonté de Dieu envers l’humanité. Ce Dieu que tous les hommes, à leur manière cherchent. Ces hommes d’Orient, d’Israël, d’Occident ou d’ailleurs passent leur vie à le chercher et à l’accueillir. Un chemin pour nous maintenant.

Les mages montrent que ce Dieu est accessible à tous ceux qui se mettent en route sans préjugé en acceptant le dialogue entre traditions religieuses différentes, en prenant des risques, en remettant et relisant sa vie humblement au seuil de la crèche où réside un Dieu fragile, en s’enracinant dans les méandres de la vie quotidienne pour y voir les traces de l’action bienveillante de Dieu en faveur de tous les humains.

Je vous propose de partager la lecture du résumé du rapport de la CIASE

« Les violences sexuelles dans l’Église catholique 1950-2020 »

Le lundi 3 janvier   2022 à 18h