Agenda

Célébration eucharistique
chaque samedi à 18h30.
(sauf pendant les vacances d’été du
15 juillet au 31 août 2018)

 

Contribution de la Communauté Saint-Luc de Marseille
au questionnaire du journal La Croix  et de l’hebdomadaire Le Pèlerin
Compte rendu de la réunion du 10 mai 2019

 L’Eglise catholique vit un moment particulier de son histoire. Comment le qualifiez-vous ?

* Les mots qui sont spontanément sortis sont : humiliation, honte, écœurement, mensonge, trahison, stupeur de découvrir l’étendue et la sclérose d’un véritable système qui impose la pratique de l’omerta, difficulté de garder foi dans l’Eglise et d’y rester.

* Certains ont vu ce moment comme un tsunami révélateur d’un état de crise patent mais qui pourrait avoir des effets bénéfiques car désormais, on ne pourra plus faire comme si cela n’existait pas !  Finalement, c’est peut-être comme un don du Ciel et dans son horreur, une grâce de Dieu, même si elle touche la foi en l’institution Eglise.

* D’autres le voient comme un événement tragique mais inévitable : il montre que l’Eglise n’est pas en harmonie avec la culture de son temps.

* Pour d’autres encore, cela révèle au grand jour une situation connue depuis bien longtemps… et dont nous, laïcs, avons été plus ou moins complices aussi !

* Ce qui s’est révélé particulièrement choquant pour certains est le traitement de l’« affaire » du cardinal Barbarin : l’Eglise n’aime pas que le pouvoir civil s’occupe d’elle, mais elle s’aligne sur ses jugements quand cela l’arrange…

  1. Quels événements de ces derniers mois vous ont particulièrement marqués ?

* D’abord, bien sûr, la publication de Sodoma, la sortie en salle de Grâce à Dieu, la diffusion par Arte d’un documentaire traitant des abus commis sur des religieuses, qui ont révélé dans tout son ampleur la crise qui touche l’Eglise.

* Mais aussi la réaction (ou plutôt la non-réaction) de l’institution : l’Eglise, qui s’est préoccupée d’ouvrir ses portes au débat sur la crise sociale révélée par les « gilets jaunes », ne l’a pas fait pour débattre de la crise qui la secoue. Il a fallu pour ouvrir ce débat des initiatives venant de médias « cathos » ou de le CCBF : faut-il y voir la preuve que les prêtres sont éduqués à entendre des confessions, et pas autre chose ?

* A heureusement surpris en revanche la réaction de certains fidèles du diocèse de Lyon qui ont signifié au cardinal Barbarin qu’il n’était pas le bienvenu pour présider les célébrations de la Semaine sainte.

* Mais on est accablé qu’en dépit des objurgations du pape dans sa Lettre au peuple de Dieu, le cléricalisme se manifeste toujours autant dans notre Eglise : en est témoin cette remarque faite par un prêtre (du Bon-Pasteur) à un aumônier d’un grand hôpital public marseillais : « Ah, vous n’êtes que laïc ? » L’idée est décidément perdue que le message du Christ n’instituait pas les ministères. Et quand se décidera-t-on enfin à faire aux femmes toute leur place dans l’Eglise ?

* Tout cela fait craindre à certains un schisme entre « tradis » et cathos évolués ».

  1. Avez-vous le sentiment qu’il est difficile de se dire catholique en ce moment ?

 * Le sentiment de beaucoup est de répondre « Oui », même si tel autre dit : « Pas plus qu’avant… je ne m’affiche pas « catho » ou que tel autre, aumônier d’hôpital, note rencontrer « plutôt moins d’agressivité qu’avant ».

* Mais une intervenante souligne que lorsqu’une institution est en crise, elle « réactive » ses origines plus ou moins mythiques, ajoutant que pour sa part, elle admet la tradition catholique qui l’a élevée à la liberté, et juge que cette tradition ne se réduit ni à des perversions sexuelles, ni à ses origines mythiques : songer ainsi aux belles figures des « dévots » du Canada qui ont converti au XVIIe siècle les Indiens à une vie ouverte aux autres et à l’émancipation des femmes.

  1. Ces événements ont-ils changé votre regard sur l’Eglise, vos engagements, votre soutien ?

 * « Non car l’institution n’est pas ma préoccupation, même si elle est nécessaire », dit l’un, et un autre : « Non, car je reconnais ce que l’Eglise a apporté au monde et m’apporte personnellement ».

* L’accord se fait pour juger que ce qui importe est de faire œuvre de discernement car l’aide aux migrants, aux prisonniers, etc., c’est aussi ce que fait l’Eglise. Pour autant, il faut être sans concession et sans illusions sur elle.

* Il est important aussi de noter que ce n’est pas « le nombre qui fait la vérité » et que nous sommes tous invités à « faire signe ».

  1. Ces événements ont-ils changé vos rapports avec les prêtres que vous connaissez, les évêques, le pape ?

 * Certains notent que la question est sans grand objet pour eux car ils ont peu de rapports avec l’« appareil » ecclésiastique.

* « Non », dit un autre, qui a tenu cette année à répondre à l’initiative de la CCBF d’adresser une lettre à des prêtres amis le Jeudi Saint : beaucoup en ont été touchés. Il faut bien prendre conscience que la plupart des prêtres sont très « secoués » par la crise actuelle.

* A contrario, une intervenante note qu’elle ne peut s’empêcher d’avoir désormais sur tous les prêtres le soupçon qu’ils pourraient mener une « double vie », ce qui la choque profondément.

* Pour certains, la crise a révélé qu’en poussant les prêtres à s’engager dans le célibat, elle fait d’eux des « semi-schizophrènes ».

* L’accord se fait pour juger qu’il faut être sans concession avec l’Eglise sur de tels problèmes.

  1. Dans cette période troublée, à quoi vous raccrochez-vous ?

 * A l’Evangile, au don de soi quotidien…

* A la Parole de de Dieu.

* Mais « On ne peut pas prier seul », comme disait I. Tillic.

  1. Avez-vous trouvé des lieux où vous pouvez parler avec d’autres de ce que vit l’Eglise actuellement ?

 * Dans notre Communauté Saint-Luc où nous avons déjà tenu au mois de mars une réunion sur les abus sexuels dans l’Eglise et tenons présentement cette réunion.

* Dans notre « secteur pastoral » où les délégués laïcs et les prêtres ont eu un échange approfondi sur le même sujet.

* En équipe d’aumônerie d’hôpital public pour l’un de nous.

* Mais le regret unanime est que le débat ne soit pas plus largement ouvert et que dans notre diocèse le Conseil pastoral diocésain mis en place en 1992, qui aurait eu vocation à s’en occuper, ait été supprimé depuis des années.

  1. A quelle échelle, selon vous, est-il le plus urgent d’agir pour faire évoluer les structures et les fonctionnements de l’Eglise : au plan universel ? au plan diocésain ? au plan local ?

 * La réponse est unanime, exprimée par la formule bien connue : « Les trois, mon général » !

* Mais en tant que « laïcs de base », notre poids est négligeable, sauf dans certains mouvements ou structures d’Eglise, comme les aumôneries d’hôpitaux.

* Et au plan de l’Eglise universelle, nombre de sujets paraissent « verrouillés » : voir ainsi les résultats du synode sur la famille, pourtant précédé – nouveauté remarquable et bienvenue – d’une enquête auprès du « peuple de Dieu », mais qui a accouché d’une souris, ou encore les refus exprimés par François d’ouvrir des ministères à des hommes mariés ou à des femmes…

* Le plan le plus idoine – dans le meilleur des cas ! – est donc sans doute le plan local : ainsi notre Communauté Saint-Luc devrait-elle s’autoriser plus d’audaces, en matière de liturgie en particulier.

  1. Et vous, personnellement, que pouvez-vous faire pour contribuer à « réparer l’Eglise » ? Avez-vous déjà commencé ?

 * Une remarque préalable, mais fondamentale : pourquoi parler de « réparation » et non de « réforme » de l’Eglise ? Parce que le mot est trop connoté depuis la Réforme (avec un grand R) ?

* Cela dit, l’important est que chacun prenne conscience qu’il est appelé à vivre l’Evangile « à fond » : là est la véritable réforme dont l’Eglise a un besoin urgent.

* Cela conduira à rapprocher clercs et laïcs (et à les mettre en garde, les uns comme les autres, contre tout cléricalisme) afin de faire Eglise ensemble.

  1. Quels sont les trois chantiers prioritaires, selon vous, pour l’Eglise ? Quelles propositions concrètes avez-vous déjà mises en place ou voudriez-vous mettre en œuvre pour « réparer » l’Eglise ?

 * Lever l’obligation du célibat pour les ministres de l’Eglise, veiller à une meilleure formation des clercs et engager ceux qui sont célibataires à vivre autant que possible en communauté.

* Assurer une présence des femmes dans tous les lieux de décision afin de manifester que l’Eglise les tient à égalité avec les hommes.

NB : Le débat sur ces deux premiers chantiers a été l’occasion d’approfondir la réflexion que nous avions eue le 11 mars lors d’une réunion sur les abus sexuels dans l’Eglise, à l’issue de laquelle nous avions noté qu’il était essentiel pour y remédier :

  • Que soit reconnu aux prêtres comme aux religieuses de choisir, soit la chasteté par sublimation, soit la concrétisation de leurs goûts sexuels, mais non pas le mensonge, la dissimulation et toutes les formes de double vie qui nous écœurent et nous font perdre toute confiance en eux. 
  • Que soit reconnue aussi dans l’Eglise l’égalité de l’homme et de la femme, que l’on peut fonder tant sur l’étude historique des textes bibliques et évangéliques (nous n’ignorons pas qu’il y a là un bouleversement total du système enseigné pendant des siècles et qu’un tel changement demandera du temps).

* Veiller à la création de conseils prenant en charge les fonctionnements matériel et spirituel des lieux d’Eglise (la chose était une « ardente obligation » dans les années 90 du siècle dernier, mais cette obligation est aujourd’hui bien oubliée…) et y appeler des laïcs à des postes de responsabilité avec des « retours de mission » réguliers.

  1. Que voudriez-vous dire aux responsables de l’institution ecclésiale ?

* Que les responsabilités ecclésiales sont à vivre comme un service.

* Qu’elles doivent être exercées en coresponsabilité avec les laïcs afin d’éviter que qui que ce soit se sente « propriétaire » de sa mission.

* Enfin, qu’il y aurait à regarder du côté de nos frères réformés, notamment (mais pas exclusivement) en matière sacramentelle, car on a beaucoup « sacralisé » dans notre Eglise catholique !

Merci d’indiquer vos nom, prénom, âge, commune, numéro de téléphone

Les deux réunions dont rend compte cette contribution ont rassemblé au total une vingtaine de membres de la Communauté Saint-Luc, pour la plupart retraité(es)s.

Communauté Saint-Luc

231 rue Saint-Pierre

13005 Marseille

Affaire suivie par

Denis Pophillat

d.pophillat@gmail.com

04 91 06 69 49

Samedi 29 juin
de 16h à 17h30

A l’Espace Saint Luc


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