Méditation du 4eme Dimanche de l’Avent

1ère lecture La royauté de David

Quelles paroles rassurantes pour David, le simple berger devenu roi, que d’entendre Dieu lui dire par le biais de Nathan « Oui je t’ai accordé la tranquillité en te délivrant de tous tes ennemis ».

Quel sentiment de délivrance a pu ressentir David en entendant de telles paroles ! Et pour couronner le tout, encore une promesse, celle d’un successeur « je te susciterai dans ta descendance un successeur qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté ». Dieu ne manque pas d’humour en utilisant le mot « stable » alors que ce successeur sera Jésus qui, par ses paroles, ses actes incarne pour moi et de nombreuses personnes tout le contraire de la stabilité. Il oblige ses contemporains et l’humanité depuis 2000 ans à se remettre en question, bien loin de l’aspect dogmatique de cette première lecture.

Mais face à ces paroles rassurantes, d’autres m’interrogent « Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l’y planterai, il s’y établira ». Cette terre promise à Moïse, Dieu en refait la promesse à David. Promesse aujourd’hui au cœur d’un conflit qui dure depuis près de 70 ans et m’interroge sur ce sentiment de possession qui fait dire qu’un peuple a plus le droit qu’un autre d’y vivre.

2ème lecture

Dans la logique de cette 1ère lecture, St Paul écrit aux Romains pour déclarer « un mystère maintenant manifesté », Jésus est bien le successeur de David.

Et là encore une phrase m’interroge : « pour les amener à l’obéissance de la foi ». J’ai le sentiment que les mots foi et obéissance ne vont pas ensemble. On obéit à la règle mais à la foi … Pour moi on se laisse emporter par la foi qui n’a rien de rationnel et qui n’a pas ce côté mécanique et aveugle de l’obéissance.

St Paul parle-t-il de sa propre expérience pour la généraliser à ses semblables ? J’aimerais bien en discuter avec lui.

Et je repense à cette vision transmise par le film « Des hommes et des dieux » sur cette foi au travail, au quotidien. Alors peut-être obéissent-ils à leur foi ces moines de Tibhirine mais ce mot me choque toujours, tellement il a pour moi un sens négatif.

Evangile

Et pourtant en lisant l’évangile n’est-ce pas cette obéissance à la foi qui s’exprime quand Marie répond à Gabriel « Voici la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta parole ».

En même temps comment désobéir quand un ange vous annonce que vous êtres celle par qui le successeur de David, le messie tant attendu, arrive ?

Comme ce texte est plein de joie, d’espoir à travers la figure de Marie mais aussi et surtout  à-travers celle d’Élisabeth ! Voilà 2 figures de femmes pour qui la maternité est impossible, Marie la jeune promise et Élisabeth la femme stérile. Élisabeth, comment aura-t-elle appris cette bonne nouvelle ? Aura-t-elle repensée à une autre femme stérile de l’Ancien Testament, Sarah, comblée par une grossesse et qui a pu en rire car elle croyait la chose impossible ?

Et cela me rappelle mes propres réflexions, ce sentiment nouveau, cette vision qui m’était apparue lors de ma propre grossesse. Soudainement Noël retrouvait son sens, celui du miracle de la vie, de l’espoir même si l’annonce faite au labo est bien moins belle que celle faite à Marie.

Face au mercantilisme qui a frappé Noël avec le désenchantement du monde, comme il était doux de se rappeler ce simple message : « voici que tu vas concevoir et enfanter ».

Les paroles de Gabriel semblent bien loin de celles de Siméon au temple « il sera un signe de division et toi-même ton cœur sera transpercé par une épée ». Cette phrase m’avait marquée enfant et m’est revenue d’elle-même en réfléchissant à ce passage de l’Évangile. Ainsi Siméon me conforte dans mon analyse de la 1ère lecture. Ou plutôt au lieu de me conforter ai-je été influencée par lui ?

Cette double vision de Marie apprenant la bonne nouvelle puis au pied de la croix (sans oublier Élisabeth qui a perdu son fils) me rappelle d’autres femmes. Des mères juives et musulmanes qui ont perdu leur fils au nom de la Terre promise. Ces femmes ont dû elles aussi se sentir « comblée de grâce » puis avoir le cœur transpercé par une épée. Certaines d’entre elles ont fait le choix du dialogue et de ne pas se laisser aveugler par leur foi ou leur haine. Elles se réunissent par le biais du Cercle des parents-Forum des familles fondé en 1995 et qui compte aujourd’hui environ 600 familles israéliennes et palestiniennes.

Puisque Gabriel disait « Car rien n’est impossible à Dieu » croyons, en cette veille de Noël, en la fin du massacre des Innocents.